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Burn-out


Comprendre ce qu’est un burn out, pour ne le confondre avec la simple addiction au travail ou avec la dépression.

Définition et symptômes

Définition du Burn-out :

À l’origine, le burn-out était un terme utilisé par les soignants ou bénévoles pour parler des collègues surmenés et devenus cyniques vis-à-vis des personnes qu’ils prenaient en charge.
 

L’une des premières définitions a été donnée par Freudenberger en 1974 en ces termes : « les ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte ».
 

Puis Maslach ajouta, en 1976 : « une incapacité d’adaptation de l’intervenant à un niveau de stress émotionnel continu causé par l’environnement de travail ».
 

Freudenberger, en 1981, définit à nouveau le burn-out comme : « Un épuisement des ressources internes de l’individu et la diminution de son énergie, de sa vitalité et de sa capacité à fonctionner, qui résultent d’un effort soutenu déployé par cet individu pour atteindre un but irréalisable, et ce, en contexte de travail, plus particulièrement dans les professions d’aide ».
 

Pour résumer, il s’agit d’un « état d’épuisement physique, émotionnel et mental, causé par l’implication à long terme dans des situations qui sont exigeantes émotionnellement » (Pines et Aronson).
 

Burn-out ou dépression ?

La dépression et le burn-out sont souvent confondus, de par leurs symptômes proches mais également en raison des idées fausses qui tendent à se propager aisément dans la conception commune.
 

La dépression est une maladie tandis que le burn-out n’est pas une pathologie à proprement parler ; il n’est pas répertorié dans le Manuel Américain des Troubles Mentaux (DSM). Dépression et burn-out doivent être bien différenciés : une personne souffrant de burn-out n’est pas nécessairement dépressive, et ce qui l’affecte repose principalement sur des causes professionnelles.
 

Chez une personne dépressive, l’origine est plus diffuse et les pensées négatives concernent différentes sphères : professionnelle, familiale, personnelle…
 

Les conséquences du burn-out et de la dépression sont en revanche assez proches : perte du plaisir et de l’envie de faire des choses, fatigue, baisse de la concentration et de la mémoire, troubles somatiques (troubles alimentaires, du sommeil, de la libido, hypertension…).
 

Quels sont les symptômes du burn-out ?

Le burn-out se caractérise par trois grandes phases clés  :
 


  • Un épuisement psychologique, physique et émotionnel et une incapacité à retrouver de l’énergie. La simple idée d’aller au travail devient alors insupportable.

  • La dépersonnalisation : la personne va mettre en place un mécanisme de protection qui consiste à se détacher émotionnellement des personnes qu’elle côtoie. Elle va devenir indifférente et cynique à l’égard de ses collègues, clients ou patients ;

  • Une perte du sentiment d’accomplissement personnel : le travail a perdu tout son sens et la personne doute à la fois de son efficacité et de ses compétences.


 

Au fil de ces 3 étapes, apparaissent généralement une multitude de symptômes qui affectent la personne faisant un burn-out.
 

Les signes discrets  :


  • Troubles cognitifs (de l’attention, concentration, mémoire, etc.) ;

  • Diminution de la rentabilité ;

  • Présentéisme ;

  • Fatigabilité et déni de la surcharge de travail.


 

Puis, les symptômes visibles :


  • Troubles du sommeil, irritabilité ;

  • Labilité émotionnelle et perte de plaisir ;

  • Troubles digestifs et infections virales à répétition ;

  • Recours addictif (alcool, cocaïne, etc.).


 

Enfin, la phase d’état caractérisée par :


  • Un assèchement affectif et cynisme ;

  • Un sentiment d’impuissance et un vécu d’échec ;

  • Un vécu d’usure et de repli sur soi.



Burn-out, addiction au travail et addiction aux produits

Il n’est pas facile de déterminer si une personne est addict au travail («workaholic») ou présente juste un profil de « gros travailleur ». Les spécialistes de la médecine du travail s’accordent néanmoins sur trois signes caractéristiques orientant vers ce diagnostic :


  • le sujet « workaholic » travaille énormément et consacre la plupart de son temps et de son énergie à son activité professionnelle ;

  • il ne le fait pas par obligation de l’un de ses supérieurs ou parce qu’il a besoin d’argent, mais plutôt suite à une motivation interne, une conviction ou une vocation ;

  • il ne prend pas plaisir à travailler, l’enthousiasme a laissé la place à une véritable addiction dont il est prisonnier au détriment de toute autre activité.


 

Sur le plan évolutif, trois stades successifs peuvent être décrits (Limosin, 2004) :


  • le premier stade correspond à un allongement progressif du temps consacré au travail, associé à une réticence croissante à bénéficier de ses congés ;

  • le deuxième stade correspond à un surinvestissement dans le travail et à la survenue des premiers signes de retentissement négatif sur le plan personnel (stress, troubles du sommeil, fatigue) ou familial, avec un évitement de plus en plus marqué des moments de loisirs ;

  • le troisième stade aboutit à un retentissement global avec des répercussions :

  • physiques (céphalées, fatigue importante, troubles cardio-vasculaires, …) ;

  • psychologiques (émoussements des affects, sentiment de dévalorisation, symptômes dépressifs…) ;

  • et in fine, le risque de développer un épuisement professionnel ou « Burn-out ».


 

Or, l’addiction au travail peut rapidement s’associer à d’autres comportements ou troubles dommageables pour l’individu. Une étude du mois de janvier 2015, publiée dans la revue médicale The Bristish Medical Journal et portant sur 40 000 personnes dans quatorze pays différents, a démontré qu’au-delà de 48 heures de travail hebdomadaire, le risque d’avoir une consommation d’alcool à risque est augmenté de 12%.
 

La difficulté essentielle est alors d’arriver à différencier, dans ces situations, les causes des conséquences. La conduite addictive par exemple, est-elle la résultante d’un état d’épuisement professionnel ? Ou à l’inverse, l’épuisement professionnel et les divers dysfonctionnements au poste de travail ne sont-ils pas corrélés à cette stratégie individuelle de compensation reposant sur le consommation de produits ?
 

L’épuisement professionnel peut alors être envisagé comme une comorbidité à la conduite addictive. Le burn-out est alors à l’épuisement professionnel ce que l’overdose est à l’héroïne : un seuil critique tant pour le salarié que pour l’entreprise. Ainsi, la complexité et la prévalence des conduites addictives en milieu professionnel nécessitent d’étudier la corrélation éventuelle entre la durée du temps de travail, comme indicateur de pénibilité, et la conduite addictive en tant que telle.

Causes

Chaque contexte professionnel et personnel est unique. Toutefois, on désigne généralement 3 facteurs menant au burn out et dont la réunion est particulièrement néfaste :


  • Une charge de travail mal évaluée, notamment une surcharge. Néanmoins, se retrouver au placard ou sans mission est également très destructeur ;

  • L’absence de « latitude décisionnelle », c’est-à-dire un manque d’autonomie, de marge de manœuvre pour atteindre ses objectifs, l’impossibilité de choisir les moyens et l’organisation déployés pour réaliser sa tâche ;

  • le manque de soutien, aussi bien celui des collègues que celui de sa hiérarchie.


D’autres facteurs, internes ou externes, peuvent également mener au burn-out : le manque de communication, des locaux ou du matériel peu ergonomiques, un contexte professionnel dangereux qui requiert une vigilance constante, une situation de harcèlement moral, le manque de reconnaissance et l’incapacité chronique à dire non.

Le burn out  n’est pas amélioré durablement par le repos. Suspendu temporairement par l’éloignement du contexte professionnel, l’épuisement revient dès la reprise du travail dans les mêmes conditions.

Traitements et prises en charge

Le traitement repose essentiellement sur une approche cognitivo-comportementale. La première étape est que la personne concernée prenne conscience de son trouble du comportement et accepte de se faire prendre en charge. Ce passage obligé n’est cependant pas toujours évident, en particulier lorsque le comportement compulsif est sous-tendu par des difficultés relationnelles et/ou familiales, et correspond alors à un comportement d’évitement, source de bénéfices secondaires.

Les différentes approches proposées dans la prise en charge de l’addiction au travail sont :

La gestion du stress :


  • Techniques d’affirmation de soi (savoir dire non…), de relaxation et de restructuration cognitive ;

  • Technique de pleine conscience méditative ;

  • Psychothérapie cognitive et comportementale ;

  • Thérapies familiales ;

  • Groupes d’entraide.


Ainsi, après une évaluation des comportements au travail et une identification des différents facteurs favorisants, la thérapie a pour but d’apprendre à résister à la compulsion en adoptant des stratégies comportementales favorisant la reprise d’une vie normale.

Une fois que la personne est guérie de son addiction au travail, il a été montré qu’elle récupère une meilleure productivité, tout en consacrant beaucoup moins de temps à son activité́ professionnelle (Burke, 2000).

Le traitement du burn out au sein du groupe met l’accent sur la nécessité, en pareille situation, de rompre avec l’environnement habituel et les stimulations stressantes. Le cadre de notre établissement s’y prête parfaitement grâce à la quiétude qui entoure nos patients, et grâce aux soins nécessaires au repos, à une prise de distance et à une réflexion.

La prise en charge psychiatrique est ajustée de façon individuelle et en fonction des troubles éventuellement associés (dépression, troubles du sommeil, addictions, troubles anxieux)

L’hospitalisation a 4 objectifs :


  • repos et mise à l’écart des stimulations ;

  • prise en charge des symptômes (tels que humeur dépressive, insomnie, angoisse, etc…) ;

  • compréhension des circonstances de survenue du burn-out, réflexion sur le travail ;

  • élaboration de stratégies permettant la reprise professionnelle et la prévention d’un nouveau syndrome d’épuisement professionnel.


 

Ce travail psychologique est effectué au cours des entretiens quotidiens (8 psychiatres pour 44 patients) et de réunions d’information.